Colloque international : marionnettes et pouvoir, censures, propagandes, résistances (Charleville-Mézières)



Radovan Ivšić,  un auteur censuré à inscrire au répertoire du théâtre de marionnettes.

communication de Clément Peretjatko

Le 20 novembre à 16h

à l’auditorium de la médiathèque Voyelles


Blog du colloque


conference Ivsic Peretjatko



Radovan Ivšić, poète et auteur dramatique croate a été censuré et/ou interdit par les oustachis (pour art décadent) puis par les titistes (pour non respect au réalisme socialiste). Il a également été, après la seconde guerre mondiale, le premier directeur du théâtre de la marionnette de Zagreb. Mais refusant de soumettre son art à une propagande d’état à destination des enfants, il sera rapidement chassé du théâtre. Se situant, selon la formule de Saint-John Perse, dans un « écart absolu » avec les régimes totalitaires, Radovan Ivšić qui était « intimement convaincu que le traitement de la langue est lié à celui que le pouvoir réserve aux êtres (1)», a ainsi écrit un bref répertoire pour adulte et a pratiqué le théâtre de marionnette en «misant sur les richesses imaginaires qui prolifèrent naturellement de l’abstraction convenue qu’est la marionnette pour rendre flagrant le misérabilisme de l’image du corps réaliste socialiste (2)».

C’est dans sa pièce Le Roi Gordogane (1943) qu’Ivšić « tente d’élargir la scène jarryesque (…) par introduction de l’amour et de la poésie et en les confrontant à la tendance inconsciente de chaque homme de saisir le pouvoir absolu sur le monde et de l’exécuter au prix de la destruction totale (3)». Son écriture théâtrale, encore méconnue, fut admirée par André Breton et par le mouvement surréaliste qu’il n’a cessé de fréquenter dès son arrivée à Paris en 1953.

Si selon Roman Paska, « la marionnette est au théâtre ce que la poésie est à la littérature », Radovan Ivšić, pour qui « le théâtre est le lieu concret de la poésie » semble être un exemple radical de la profondeur et de la force subversive qu’une écriture poétique peut offrir à l’art de la marionnette.


1 Annie Le Brun, présentation de Le Poids des mots et la force des rêves, Collapse / Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déporation de la Ville de Lyon, 2013.

2 Radovan Ivšić, Prenez moi tout, mais les rêves, je ne vous les donnes pas, extrait de Cascades, Gallimard, 2006.

 3 Radovan Ivšić, U nepovrat, opet, Nakladni Zavod Matice Hrvarske, Zagreb, 2002.



-----------------

Le colloque est organisé par l’Institut International de la Marionnette / École Nationale Supérieure des Arts de la Marionnette, en partenariat avec l’Université Lyon 2, et avec le soutien de l’Université d’Artois, de l’Université Reims Champagne-Ardenne et de l’UNIMA Internationale.

© Collapse 2012-2018